22.08.2007

Marie-Madeleine

Marie Madeleine est une disciple de Jésus. Elle est même la disciple qui perçoit avec le plus de discernement ses enseignements. Ainsi dans l’Evangile de la Pistis Sophia (Les mystères gnostiques de la Pisitis Sophia - 1998 - Rosekruis Pers ed.), Jésus l’appelle « Marie la bienheureuse ». Bienheureuse car Marie Madeleine est la seule qui témoigne directement de la présence de l’Homme de Lumière en elle : « Mon homme de lumière me pousse, il est dans l’allégresse, il bouillonne en moi ».
Les femmes telles que Marie Madeleine, Marie mère de Jésus, Marthe, Salomé sont des disciples du premier cercle. Jésus ne distingue pas les disciples homme ou femme. Par contre certains de ses disciples masculins se plaignent de la place qu’il accorde aux femmes : « mais je crains Pierre parce qu'il m'a menacée et qu'il hait notre sexe » déplore Marie, confirmant que parmi les apôtres, certains sont encore prisonniers de leur héritage culturel et religieux. C’est ce que confirment, sans ambiguïté, certains passages de l’Evangile de Judas, récemment publié : « Votre Dieu qui est en vous et ses (acolytes) ont provoqué la colère dans vos âmes. Que celui d’entre vous qui est suffisamment fort parmi les êtres humains fasse surgir l’Homme Parfait et vienne se tenir debout devant ma face». Si Judas est le seul à prendre cette posture dans l’Evangile qui porte son nom, Marie Madeleine est la seule qui confirme cette invitation de Jésus : elle vient au milieu du cercle des disciples et se tient « debout ». Se tenir debout, dans les anciennes Ecole des Mystères, est la signature de « l’homme de lumière » qui anime le candidat, ce que symbolise le caducée d’Hermès. Ce dernier symbole représente l'axe cérébro-spinal (encore appelé "feu du serpent" dans certaine tradition) « redressé » par l’irradiation du feu spirituel.
Ainsi, celui qui est « debout » hérite, à nouveau, de son « vêtement de lumière », celui-là même que le héros du Chant de la Perle (Le Chant de la Perle, Jacques Ménard, Cariscript ed., 1991), poème d’origine syriaque et contemporain du tout début du christianisme, retrouve lorsqu’il retourne dans le royaume de lumière : « Mon vêtement resplendissant, que j’avais enlevé, et ma toge ... me furent portés... Tout en ne me souvenant pas de sa dignité, parce que c’est dans mon enfance que je l’avais quitté chez mon Père... ». Le jeune prince du Chant de la Perle hérite donc des « Trésors de la Lumière » comme Marie Madeleine en est l’héritière dans la Pistis Sophia.
Ces trésors sont reçus des « mains de Barbilô » lit-on dans la Pistis Sophia. Or Barbilô – ou Barbelô – personnifie la Mère Céleste, l’aspect féminin de la divinité dans les anciens cultes païens. Cette précision dans le texte de la Pistis Sophia confirme la place majeure accordée à la femme dans certaines églises gnostiques du christianisme primitif.

05.08.2007

Les mystères de Jésus

La publication en français des "Mystères de Jésus" (T. Freke, P. Gandy - Editions Aléthèia - 2007) mérite d'être soulignée. L'ouvrage traite avec objectivité et argumentation de ce sujet délicat. Il cite de très nombreuses sources indiscutables. La thèse présentée par les auteurs concerne les fondements du christianisme. Ils démontrent qu'un grand nombre d'éléments constitutifs du mythe christique préexistaient déjà dans les anciennes écoles des mystères où les cultes d'Osiris, de Dionysos, d'Orphée, ... étaient pratiqués. Jésus était perçu dans ces écoles comme le prototype de l'Homme de Lumière que chaque prétendant à l'initiation devait réaliser. En aucun cas, dans ces milieux spirituels, le mythe christique était interprété comme l'histoire d'un personnage avec une série d'évènements décrivant sa vie. D'ailleurs les premières communautés chrétiennes gnostiques en étaient parfaitement conscientes et le mythe christique représentait, sous une forme symbolique, le processus initiatique décrivant les différentes stations de l'âme sur le chemin de la transformation de l'homme matière en Homme Lumière. La bibliothèque gnostique découverte en Haute Egypte au milieu du 20e siècle à Nag Hammadi a fourni de très précieuses indications à ce sujet. On peut également citer l'évangile gnostique de la Pistis Sophia où il est évident que Jésus n'est pas un instructeur physique mais la voix de l'Homme de Lumière qui s'exprime au coeur de ses disciples.
Cependant, le Grand Jeu de l'histoire a permis à l'une de ces communautés (qualifiée de "littéraliste" par les auteurs des Mystères de Jésus) de s'imposer avec l'appui du pouvoir temporel. C'est à partir de ce moment que l'histoire du Jésus historique est construite et que toutes les références aux anciens cultes des mystères païens sont effacées. Paradoxalement, les premiers pères de l'église (de Rome) reconnaissaient cette filiation; probablement l'appétit du pouvoir temporel n'avait pas balayé la pureté de leur foi.

Ainsi la thèse de ces communautés chrétiennes gnostiques était qu'au coeur de chacun gisait une étincelle de lumière qui s'était abimée au cours d'un processus assez mystérieux, connu sous le nom de "chute". Et la mission de celui qui en devenait conscient était de redonner, à cette étincelle, l'espace intérieur pour que d'elle jaillisse un puissant feu spirituel dans lequel l'homme matière était transmuté en Homme Lumière. Jésus était le symbole de cette Lumière spirituelle irradiant de la source intérieure. L'aventure humaine était considérée comme un voyage au cours duquel le candidat devait devenir conscient de son héritage spirituel et lui redonner sa gloire originelle. Celui-ci entrait alors dans un long processus initiatique en trois phase majeures que l'on retrouve même dans les évangiles canoniques à travers les trois personnages: Jean-Jésus-Christ.

Cette idée que chacun dispose d'une filiation spirituelle avec le divin n'est pas éteinte de nos jours. En témoigne le succès du roman de Dan Brown "Da Vinci Code".

24.07.2007

Evangile de Judas (I)

La publication récente de l’évangile de Judas, largement commentée par les médias, a replacé la pensée gnostique au coeur de l’actualité. Plusieurs commentateurs ont affirmé que cette redécouverte constituait un évènement majeur dans l’histoire du christianisme, plus de 60 ans après la découverte des manuscrits de Nag Hamadi.
Mais au-delà de la réhabilitation du rôle de Judas que présente cet évangile, bien d’autres aspects méritent d’être soulignés.

Nous découvrons dès les premières lignes de l’évangile que Jésus apparaît à ses disciples sous la forme d’un enfant. Cette apparition n’est pas surprenante, elle nous rappelle les premières lignes de l’Evangile de la Pistis Sophia où Jésus apparaît dans une lumière si éclatante que les disciples sont effrayés et le supplient d’amoindrir son éclat. C’est ce qui est indiqué ici : à travers l’image de l’enfant, c’est l’éclat de la Lumière divine qui est atténué pour que les disciples puissent la reconnaître.
Dans le premier échange, Jésus souligne – à propos des prières des disciples:

« Vous ne faites pas cela de votre propre volonté, mais c’est parce qu’il en est ainsi que votre Dieu sera loué. »

Cette remarque souligne l’orientation des disciples : ils prient le démiurge – le dieu malin des gnostiques. Mais surtout, ils ne font pas cela de leur propre volonté. Leurs prières est l’expression d’un conditionnement dû à leur culture religieuse qui n’est pas l’expression d’une authentique liberté intérieure.
Cependant, les disciples insistent ; ils répondent : « Maître, toi (...) tu es le fils de notre dieu. » Et Jésus leur répond :

« Que connaissez vous de moi ? En vérité je vous le dis, nulle génération de ceux qui sont parmi vous ne me connaîtra »,

indiquant ainsi clairement que les disciples ne l’ont pas reconnu dans sa plénitude de Lumière et que tous ceux qui partagent la même orientation religieuse ne le reconnaitront pas. Cet échange pose le problème du rapport des disciples à Jésus : en quoi sont-ils réellement ses disciples, puisque Jésus, lui-même, leur dénie la capacité de le reconnaitre ?

Et le comportement des disciples, à l’énoncé de la réponse de Jésus, confirme leur ignorance : ils blasphèment « contre lui dans leur coeur » nous dit le texte. Percevant leur trouble, Jésus reprend:

« Votre Dieu qui est en vous et ses (acolytes) ont provoqué la colère dans vos âmes. Que celui d’entre vous qui est suffisamment fort parmi les êtres humains fasse surgir l’Homme Parfait et vienne se tenir debout devant ma face».

L’allusion, à nouveau, au dieu malin qui les anime est directe. Mais ce qui est remarquable dans cette réplique c’est la référence à l’Homme Parfait – ou l’Homme de Lumière qui « est en moi » comme le souligne Marie dans l’Evangile de la Pistis Sophia. Et celui qui libère l’Homme Parfait en lui peut se « tenir debout» comme une colonne de Lumière et c’est cette disposition qui caractérise Marie dans la Pistis Sophia : « Marie s’élança de nouveau en avant, elle vient au milieu, elle se tint debout... ». Se « tenir debout » est la signature de la noblesse de l’Âme, celle qu’anime la Lumière des Lumières et non pas le dieu malin et ses acolytes.

Le seul qui parvient à cette station de l’âme est Judas. Il connaît l’origine de Jésus : « Tu es issu du royaume immortel de Barbèlô . Et le nom de celui qui t’a envoyé, je ne suis pas digne de le prononcer » dit-il.
Jésus promet alors de lui révéler les mystères du Royaume, à une seule condition : « Sépare-toi des autres ». Et il ajoute que cela ne pourra se faire sans « maintes afflictions ». Cet ordre, exigeant la séparation, souligne la nécessité du juste comportement du disciple. Mais cette séparation – ou ce rejet - concerne les croyances religieuses partagées par les disciples, leur adoration du dieu malin. Il s’agit donc, avant tout, d’une disposition intérieure typiquement gnostique : la claire vision des deux natures dans l’homme et la décision, par un juste comportement, de neutraliser celle qui relie à la lumière de la nature et ses éons.

Judas insiste : « Quel jour me diras-tu ces choses-là, et quand le grand jour de lumière poindra-t-il pour la génération (de ceux qui ne t’ont pas reconnu) ? » Judas projette dans l’avenir – son propre avenir et celui des disciples – la manifestation de la révélation. Mais Jésus disparait aussitôt. Cette scène nous rappelle le passage de l’Evangile de Thomas où les disciples attendent un signe témoignant de la grâce divine et Jésus leur répond qu’ils sont aveugles car celui qu’ils attendent est déjà devant eux.

Judas n’est donc pas parvenu à cette maturité de l’Âme qui lui permet de saisir, dans l’instant, la plénitude de Lumière.
Puis un peu plus loin dans l’évangile, après que Jésus ait commenté sévèrement une vision relatée par les disciples, qu’il relie aux illusions des éons de cette nature, Judas expose sa propre vision dans laquelle il est invité, par Jésus lui-même, à entrer dans une maison où la foule se presse. La réponse de Jésus est claire :

« aucun être né de mortels n’est digne d’entrer dans cette maison que tu as vue, car c’est un lieu réservé aux saints... »

Puis Jésus développe longuement un panorama décrivant la création du cosmos originel et de l’humanité.

23.07.2007

Evangile de Judas (II)

Nous découvrons à travers les quelques pages de cet évangile combien les disciples de Jésus sont encore enclins à un comportement empreint de foi et d’adoration naïves. C’est cette même disposition religieuse que nous rencontrons dans l’Evangile de Thomas, logion 6, où les disciples interpellent Jésus :
« Veux-tu que nous jeûnions ? »
« Comment prierons-nous ? »
« Comment donnerons-nous l’aumône ? »
« Et qu’observerons-nous en matière de nourriture ? »

Et de même que dans l’Evangile de Thomas, ce dernier - Thomas - est le seul à identifier l’authentique stature de Jésus, dans l’Evangile de Judas, celui-ci – Judas - est le seul à percevoir l’éclat de la Lumière des Lumières : « Tu es issu du royaume immortel de Barbèlô » dit-il à Jésus.

Judas réunit en lui les deux aspects de l’authentique disciple. Il éprouve d’une part la nostalgie du royaume de lumière, nostalgie d’autant plus intense qu’il a perçu intérieurement la plénitude du Royaume. D’autre part, il a conscience des limites qu’il ne peut dépasser. Il dit, en effet, à Jésus : « le nom de celui qui t’a envoyé, je ne suis pas digne de le prononcer ».

C’est dans cette tension paradoxale entre ces deux pôles : nostalgie du royaume et conscience des limites infranchissables que Judas, prototype du disciple qui parcours le chemin de l'initiation, libère la semence de lumière divine dont il est le dépositaire. Mais de cela il n’en a pas encore une claire conscience : il interroge, en effet, Jésus :« Maître, se pourrait-il que ma semence soit soumise au joug des archontes ? ». Cette interrogation est cependant salutaire; elle maintien le candidat dans la tension si nécessaire à la germination de l’Homme de Lumière. Et Jésus répond : « Tu deviendras le treizième et tu règneras sur les générations ».

Judas est l’accomplissement de la mission initiée par Jean. Jean baptise Jésus et dans ce baptême, il relie la Lumière à cette nature. Judas, libère la Lumière de ses liens avec cette nature : « Car tu sacrifieras l’homme qui me sert d’enveloppe charnelle » dit Jésus à Judas.
De Jean à Judas, s’accomplit le chemin qui mène du Jourdain, le lieu où la venue de la Lumière est proclamée, à Golgotha, le lieu du sacrifice de la lumière.

Cet évangile permet de clarifier un point important de l'initiation : le candidat perçoit l’éclat du Royaume et dans cette perception il éprouve une indicible nostalgie. Mais, dans le même mouvement, il doit acquérir la claire conscience qu’il ne peut et ne pourra entrer dans le Royaume.

09.12.2006

Le mystère des deux âmes dans l'homme (I)

Il y a environ deux mille ans, Paul de Tarse a affirmé avec conviction la triple constitution de l'être humain, spirituelle, psychique et physique. Mais au cours de notre histoire, nous avons perdu de vue ce que sont précisément l'esprit et l'âme. Deux raisons ont généré ce fait.
L'une concerne l'église. Lors du huitième concile œcuménique de 869 à Constantinople, l'église prit la décision de gommer la connaissance de la triple constitution de l'homme pour imposer, en dépit d'un antique savoir sur la réalité spirituelle, le dogme âme-corps : Anathème à quiconque soutient qu'il y a deux âmes dans l'homme. Cette décision eu tellement de mal à prendre racine que le concile de Vienne convoqué par le pape Clément V en 1311 prononça l'anathème (l'excommunication) contre toute personne qui nierait l'union de l'âme et du corps en prétendant qu'une troisième substance, l'esprit, était nécessaire.
L'esprit - la seule partie vitale et immortelle en l'homme - fut vidé de sa composante spirituelle au profit de l'intellect.
La seconde concerne la science. Depuis trois siècles, en réaction à l'obscurantisme religieux, la science a verrouillé son champ d'investigation uniquement au domaine de la matière palpable par les cinq sens. L'esprit est devenu un produit électrochimique du cerveau.

Mais cette vision réductrice est une construction moderne, bien loin de la sagesse des anciennes écoles des mystères.

Dans les écoles des mystères, que certains auteurs qualifient de païennes, la triple constitution de l’homme parfait était enseignée : Esprit , Âme et Corps.
Ainsi, Philolaos, philosophe présocratique comparait l’homme parfait à un petit cosmos rayonnant, un microcosme, qu’il appelait Sphairos au centre duquel le feu fondamental, Hestia, irradiait sans discontinuer sa plénitude de rayonnements:

Enfermé dans les liens de l'harmonie secrète,
Sphairos est là, tout rond, joyeux et immobile…


et il ajoute, introduisant l'idée d'un exil, d'une chute :

Exilé de Dieu,
Voué à la flamme au furieux délire
je pleural et gémis a la vue du séjour qui m’était étranger.


Et c'est à cette même réalité, celle du Sphairos lumineux, que Parmenide fait allusion lorsqu'il écrit :

Or il est immobile,
Pris dans les limites de formidables liens ; II est sans commencement et il est sans fin, car la génération comme la destruction ont été écartées loin de lui,
Identique à lui-même en lui-même il repose,
Il est la en lui-même immobile en son lieu ...


Ces quelques citations révèlent une mystérieuse réalité, celle de l'homme-microcosme, qui ressurgit, en occident, au 17e siècle sous l'impulsion de la fraternité de la Rose-Croix qui à travers ses premiers manifestes évoquait la moitié du monde inconnu et caché ainsi que le mystère de l’homme parfait ou du microcosme. Cette réalité du microcosme, véritable dimension de l'homme, admettons la, dans un premier temps, comme un postulat. Apres tout, l'ensemble de l'édifice scientifique ne repose-t-il pas, lui aussi, sur un ensemble de postulats ? Nous devons alors admettre que nos sens et notre connaissance scientifique de l'homme n'ont pas la faculté de percevoir ou d'étudier cette dimension, mais que son intégration dans la réflexion sur les origines, le sens et l'accomplissement de la vie, permet une approche radicalement révolutionnaire des problèmes existentiels fondamentaux.

Pouvons-nous parvenir a la connaissance de cette réalité et au-delà du postulat pouvons-nous découvrir cette dimension qu'évoque Hermes Le Trismégiste dans le Corpus Hermeticum?

Voila pourquoi, seul de routes les créatures de la nature, l’homme est double, a savoir mortel selon le corps, et immortel selon l’homme fondamental.

Le mystère des deux âmes dans l'homme (II)

On comprendra que cette notion des deux âmes dans l'homme, pilier des enseignements gnostiques de tout temps, ait pu constituer une menace pour toutes les autorités religieuses qui se sont interposées comme médiatrices entre l'homme et le divin. Les propos de Saint-Augustin sont sur ce point particulièrement explicites:

Qu'ils disparaissent de votre face, mon Dieu, comme les vains bavards et les séducteurs de l’Esprit, ceux qui, de cette observation que la volonté est double quand elle délibère, concluent que nous avons deux âmes de natures différentes, l'une bonne, l’autre mauvaise… Ces hommes voulant être lumière, non dans le Seigneur, mais en eux-mêmes, se figurent que la nature de l’âme se confond avec celle de Dieu, et ainsi ils sont ... dans leur affreuse arrogance.

Ainsi, cette virulence des autorités religieuses à condamner cette notion explique son extinction quasi totale de la mémoire spirituelle de l'humanité.

Pourtant, il s’agit là d’un des mystères les plus essentiels et profonds des écoles des mystères et en particulier du christianisme originel. N’est-il pas écrit dans les évangiles : il faut que vous renaissiez de nouveau.

Il faut que renaisse l'Ame originelle et qu'ainsi soit restituée la liberté à l'homme de lumière. Celui-ci est prisonnier des liens d'une âme naturelle qui s'est progressivement substituée a l'Ame originelle et qui dépend servilement du corps. Nous retrouvons cette image de la prison que constitue l’âme naturelle dans les anciens contes et mythes. Et les fragments des enseignements des grands philosophes de l'Antiquité sont sans ambiguïté sur la véritable nature et l'origine de l’âme. Empédocle écrit: Du haut de quel honneur et de tant de bonheur, l’âme a du tomber. Et Héraclite, autre grand philosophe Grèce antique ajoute: l’âme est une étincelle de l’'essence stellaire. Ces deux citations font référence a l’âme originelle, passerelle entre l'Esprit et le corps. Sur ce point J.V. Rijckenborgh est catégorique: il ne peut y avoir de rencontre direct entre le corps et l'Esprit sans un médiateur. Et ce médiateur c'est l'Ame originelle.

On en retrouve la trace furtive de cette distinction très claire entre l’âme naturelle et l’âme originelle à travers
certains fragments d'anciens écrits. Ainsi Plotin écrit:

Car à partir du moment où l'homme inférieur, étant né, est devenu capable de sensation, cette âme plus divine l'a accompagné en lui donnant une vie plus lumineuse. Ou plutôt elle ne l’a pas accompagné, mais elle a en quelque sorte annexé cette âme inférieure. Car elle-même ne sort pas du monde spirituel, mais restant toujours en contact avec lui, elle tient, comme suspendue à elle, l’âme inférieure, en se mêlant par sa "raison formelle" à la "raison formelle" de celle-ci. Et c'est ainsi que l'homme inférieur qui était obscur est devenu clair par cette illumination.

Et Hippocrate ajoute:

Si l'homme était un, jamais il ne serait malade, ..., car on ne peut concevoir une cause de maladie dans ce qui est un.

C'est probablement à ces grandes figures du passé que se réfère Pascal lorsqu'il écrit (Pensées):

Cette duplicité de l'homme (mortel) est si visible, qu'il y en a qui ont pensé que nous avons deux âmes; un sujet simple leur paraissant incapable de telles et si soudaines variétés.

02.12.2006

Epîtres de Paul: science de la Lumière

Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les esprits du mal dans les lieux célestes (Paul, Eph. 6, 12)

C’est par la Grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi. Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu

S’ il y a donc quelque consolation en Christ, s’il y a quelque soulagement dans l’amour, s’il y a quelque communauté dans l’Esprit, s’il y a quelque compassion et quelque miséricorde, rendez ma joie parfaite, en ayant un même sentiment, un même amour, une même âme, une même pensée (Philippiens, 2)

Ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres (Romain, 12, 5)

Car c’est lui, Christ, notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, en détruisant le mur de séparation, l’inimitié (Ephésiens, 2, 14)


Nous découvrons, dans les épîtres de Paul, que son appel à l’unité se fonde exclusivement sur la « consolation en Christ », c’est-à-dire sur la relation qu’établit le chercheur avec la lumière de la Gnose. « C’est par la Grâce, en effet, que vous êtes sauvés, par le moyen de la foi », nous dit Paul. Cette Grâce est le champ de rayonnement de la lumière de la Gnose et dans ce champ, où il se place par la magie de la foi, le chercheur est sauvé. Paul insiste : « Et cela ne vient pas de vous, c’est le don de Dieu ». Car la lumière de la Gnose émane de Dieu, elle n’est pas le produit de l'égo. Dans ce champ de rayonnement électromagnétique si particulier, il ne peut y avoir de division car la lumière de la Gnose unifie et abolit toute séparation : « ainsi, nous qui sommes plusieurs, nous formons un seul corps en Christ, et nous sommes tous membres les uns des autres ». Dans une telle situation, on ne peut dire : « c’est ma lumière », comme on ne peut dire que les effets de cette lumière sont les produits de notre activité cognitive, émotionnelle ou physique. Ces trois aspects sont tout au plus des supports pour l’expression des effets de la lumière. Car cette lumière contient en elle-même toute l’information, c’est-à-dire ce qui donne forme, à la pensée, à l’amour, à l’acte, mais dans le sens de la capacité à parler en de « nouvelles langues », dans le sens de rayonner « l’amour parfait » dont Paul parle dans ses épîtres et dans le sens d’accomplir de « nouvelles œuvres » au service de Dieu. Donc, lorsque le chercheur se relie à cette lumière et que celle-ci illumine sa conscience, alors il se situe à l’instant dans l’unité, cette unité qui est le fondement même de la fraternité dans son sens le plus élevé. Cette unité est une propriété, un état de l’Homme de Lumière. Dans cet état, c’est la lumière qui est la substance même de l’âme. Et comme cette Lumière est une et indivisible, tous les Hommes de Lumière sont unis dans une même Lumière, par une même Lumière. Et dans cette illumination, la notion d’extérieur et d’intérieur s’estompe sous la clarté de la lumière de la Gnose : « Car c’est lui, Christ, notre paix, lui qui des deux n’en a fait qu’un, en détruisant le mur de séparation, l’inimitié».

L’extérieur et l’intérieur font alors référence à la liaison que le chercheur établit soit avec la lumière de la nature soit avec la lumière de la Gnose. Ce discernement est la source d’une grande joie mais aussi d’une lancinante souffrance. Il y a, en effet, ici deux vies qui coexistent: la vie de l’âme naturelle et ses désirs et la vie de l’âme de lumière qui aspire à la perfection dans la lumière des lumières. Cette souffrance n’est pas physique mais elle est, elle aussi de double nature. D’une part, la souffrance de l’âme naturelle qui sait qu’elle doit se soumettre et circonscrire ses élans « au minimum vital » et d’autre part la souffrance de l’âme de lumière qui est libre, vivante, lumineuse, joyeuse, mais qui doit supporter les tribulations et l’inertie de l’âme naturelle.
Cette double souffrance est la « traversée du désert ». Ce conflit intérieur, le chercheur doit l’accepter et le supporter avec patience, comme un témoin. Il sait que la foi et l’espérance doivent le conduirent à l’amour. L’amour qui supporte tout.